LE COÛT DE LA DEMOCRATIE Présenté par Victor K. TOULASSI

INTRODUCTION
Depuis la chute du mur de Berlin suivie de la disparition de l’empire soviétique, le succès de la Démocratie va grandissant et suscite d’immenses espoirs, faisant croire que la fin des régimes autoritaires est imminente. Comme dirait Mohamed Talbi, Historien Tunisien, la Démocratie est devenue contagieuse et se répand partout, même en Chine . Ce qui est vrai, puisque Tiananmen nous en a donné la preuve, malgré la répression sanglante et sans commune mesure qui s’en était suivie.
En Afrique, où elle n’a pas manqué de séduire les peuples longtemps muselés sous des régimes à partis uniques l’attrait de la démocratie a été beaucoup plus fort et n’a jamais cessé. C’est donc sous la contrainte interne ou externe, le plus souvent, que bon nombre de dirigeants africains ont cédé à la demande des populations qui revendiquaient l’ouverture à la démocratie pluraliste.
La démocratie n’a pas de prix mais elle a un coût. Peut-on alors chiffrer le coût de la Démocratie ? A priori, il serait prétentieux de vouloir chiffrer son coût. Cette façon de voir les choses part du principe selon lequel, en dehors des composantes quantifiables et chiffrables de la Démocratie, il en existe qui sont impossibles à chiffrer : ce sont les valeurs que prône la Démocratie. Et dans la mesure où ces valeurs constituent le soubassement perpétuel du système démocratique d’une part, et que l’Etat démocratique n’est pas une finalité jamais atteinte mais plutôt un processus continuel et sans cesse évolutif dans le temps, d’autre part, il est évident que vouloir chiffrer la Démocratie peut paraître une tentative ardue.
Dans le cadre de la présente communication je pars du principe qu’il y a un prix à payer pour mettre en place un régime démocratique. Mieux encore, pour que le système puisse continuer par fonctionner, il faut y mettre le prix autrement, le résultat est un monstre politique – qu’on ne peut véritablement pas étiqueter – récupéré et dominé par des intérêts partisans qui se servent malicieusement des principes déformés de la démocratie, pour non plus gouverner mais régner.

Le présent développement est axé sur les trois points suivants :

  1. le rappel des valeurs qui fondent la démocratie ;
  2. quelles que pistes pour apprécier le coût de la démocratie ;
  3. le coût de la Démocratie dans les pays pauvres: comment le circonscrire ?

PREMIERE PARTIE : Les valeurs qui fondent la démocratie

Nous entendons ici par Démocratie:

  1. un système politique dans lequel les citoyens se font confiance, et sur cette base, décident de construire un cadre de développement et d’épanouissement commun ;
  2. un système politique qui garantit la jouissance des libertés individuelles et collectives de tous ;
  3. un système politique qui fixe les institutions qui garantissent le fonctionnement de l’Etat, le partage des pouvoirs, la gestion des richesses étatiques et leurs justes redistributions ;
  4. un système politique qui permet aux habitants d’un territoire géographiquement délimité de peser sur le choix de leurs dirigeants à travers des consultations libres, transparentes, pluralistes et justes, pour la conduite des affaires publiques ;
  5. un système politique qui permet des consultations régulières à dates échues ;
  6. un système politique qui demande des comptes à ses dirigeants, et dont les dirigeants doivent rendre compte quel qu’ils soient.

Cette liste est un minimum et il n’est pas exclu d’en ajouter d’autres. En fait, l’expérience a montré qu’à mesure que les peuples s’émancipent davantage dans le système démocratique, et surtout compte tenu des projections que les dirigeants et les forces politiques (société politiques, société civile et autres) mettent en jeu, d’autres valeurs naissent.
Je voudrais revenir un peu en arrière, en termes de valeurs, pour citer à titre d’exemple, un passage du paragraphe 2 de la Déclaration d’Indépendance de 1776 des Etats-Unis d’Amérique qui dit:

Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur .

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