La pratique de la démocratie en Afrique et au Togo : Quels enseignements tirer ?

COLLOQUE DU GRAD
« Plateforme des Organisations de la Société Civile Togolaise engagées dans la promotion de la démocratie et de l’Etat de Droit ? »

Thème : La pratique de la démocratie en Afrique et au Togo :
Quels enseignements tirer ?

Présenté par

M. Dan AFIDEGNON

LA PRATIQUE DE LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE ET AU TOGO. QUELS ENSEIGNEMENTS TIRER ?
Introduction
La période des partis uniques pendant laquelle
le char était un mode d’accès au pouvoir,
la mitraillette une méthode de gouvernement,
le pistolet un moyen de promotion,
les chefs d’Etat, des souverains providentiels,
les peuples des instruments de propagande, et
les élections des occasions de divertissements populaires

a pris fin à  partir de 1990, lorsque le vent de la démocratisation a soufflé sur le continent.

Longtemps à l’abri de cette intempérie, les pays du Maghreb vont être secoués, à partir de cette année 2011, par une météo appelée le printemps arabe.

Les peuples d’Afrique, dans tous ces tourbillons essaient bon an, mal an, de se débarrasser, avec difficultés d’ailleurs, des régimes autocratiques qui les ont asservis pendant des décennies.

Depuis longtemps, le mot démocratie, circule comme une monnaie dévaluée sur la place du marché politique. Ce vocable éveille des résonnances dans l’esprit des peuples et jaillit de leurs lèvres quand ils luttent pour la liberté ou pour l’amélioration de leur condition de vie.

Jeunes et vieux, riches et pauvres, instruits ou illétrés partagent une aspiration commune : jouir de la liberté, de l’égalité et d’une protection face aux excès du pouvoir de l’Etat.

Mais il ne suffit pas d’être libéré d’un tyran ou d’un dictateur pour accéder aussitôt à une certaine liberté et la défendre, sans parler d’établir une démocratie.

Dans mon intervention je vais aborder deux points

  • Afrique et démocratie
  • Démocratie et développement

 

  • AFRIQUE ET DEMOCRATIE

Dans une véritable démocratie, le détenteur du pouvoir est le peuple appelé souverain primaire. Les citoyens ne pouvant tous exercer cette souveraineté, ils délèguent leur pouvoir à un nombre restreint d’élus qui l’exercent à leur place. Ces personnes sont désignées à travers des élections libres et transparentes. Ainsi le pouvoir exercé par les élus l’est au nom du peuple qui le leur a temporairement transféré et à qui ils doivent rendre compte.

Lorsque le couvercle de la dictature a sauté sous la pression des peuples, on a  assisté à une prolifération de partis politiques. La pratique de la démocratie introduit dans le débat public et dans celui du citoyen ordinaire un vocabulaire qui libéralise des mots et des comportements longtemps interdits.

Pour les besoins de la démocratisation ou de la démocratie, peuvent être retenus entre autres :

  • Les partis politiques (partis au pouvoir et partis de l’opposition)
  • Les élections transparentes et crédibles
  • la lutte contre l’impunité
  • la lutte contre la corruption
  • les droits de l’homme
  • la bonne gouvernance
  • l’obligation de rendre compte
  • L’Etat de droit
  • la communauté internationale

Mis à part, les partis politiques, d’autres acteurs sont entrés sur scène. Il y a les syndicats indépendants, les médias et d’autres organisations de la société civile.

Parmi ces organisations, les associations d’opinion sont les dernières nées des organisations de la société civile (OSC).

On parlera désormais non plus de trois pouvoirs mais de quatre qui sont :

–          le pouvoir exécutif

–          le pouvoir législatif

–          le pouvoir judiciaire

–          le pouvoir médiatique

A côté de ces pouvoirs, une place importante est accordée à la société civile.

Sur le continent africain, excepté les pays du Maghreb qui sont en pleine mutation politique, on peut distinguer deux catégories de pays. Il y a ceux qui ont réussi leur transition et ceux qui se cherchent et font des prolongations dans le processus de démocratisation.

Beaucoup d’intellectuels ont souvent essayé d’évaluer le meilleur système de gouvernement. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas encore de système parfait.

Ce qui apparaît clairement est que la démocratie est le système qui fonctionne le mieux dans le long terme comme on l’a souvent vu quand des systèmes moins performants ont montré leur limites et parfois même leur totale incapacité à apporter la prospérité à tous les citoyens ou à répondre aux aspirations de la majorité.

Qu’est-ce que la démocratie peut offrir aux Africains ? Disons qu’elle peut offrir de meilleures chances pour la paix et la prospérité plus que les dictatures.

En général, les démocraties sont mieux disposées à éviter le désastre économique en permettant ainsi aux populations de vivre mieux et de choisir des gouvernements plus performants.

Si la démocratie est efficace, pourquoi existe-t-elle peu en Afrique ?

La raison semble simple et est de nature politique car ce qui est bon pour les gouvernés, n’est pas forcément  bon pour les gouvernants. Les autocrates de la vieille école embrassent souvent l’idée peu judicieuse, que la démocratie est un luxe des pays riches que les pauvres sont mieux gouvernés par une main de fer. Malheureusement, de tels politiciens oublient que la démocratie est une valeur universelle à laquelle chaque personne a un droit inaliénable.

Quand on est confronté au choix entre la survie politique et la démocratie, qu’observons-nous ? Il y a une tendance à vouloir s’accaparer le processus électoral avec des pratiques discutables.

Le lancement d’un processus démocratique passe nécessairement par des élections. Sur le continent, l’organisation de ces élections est souvent source de violences et parfois même une cause de guerre parce que les institutions intervenant dans le processus électoral, très souvent, ne jouent pas leur rôle de façon responsable et efficiente.

  • Pays ayant réussi leur transition.

Ces pays ont réussi leurs élections et ont permis à l’alternance de se faire sans heurts. Il faut ranger dans cette catégorie, certains pays anglophones, lusophones et francophones. Ces pays ont essayé d’accomplir des progrès dans leurs efforts pour édifier un ordre social juste et équitable qui offre à tous leurs citoyens la liberté politique, des chances de succès économiques et une protection juridique réelle. Mais il faut reconnaitre que des défis importants restent à relever.

  • Pays faisant du surplace

La démocratie est une affaire de démocrates. Les habitudes héritées des régimes à parti unique pendant des décennies, constituent des obstacles au changement souhaité par les peuples. Les textes qui régissent les processus électoraux ne sont pas respectés. Les fichiers électoraux qui constituent des bases de données devant servir à identifier les électeurs régulièrement inscrits sur les listes ont toujours été récusés par les partis politiques de l’opposition et les organisations de la société civile. Quant au pouvoir en place dont l’administration (c’est-à- dire le ministère de l’intérieur) a en charge l’élaboration des documents sus rappelés, il a toujours fermé les yeux sur les imperfections criardes relevées. Les élections organisées avec des institutions peu crédibles, des documents peu fiables démontrent que les élections en Afrique sont un moyen pratique de légitimation d’un pouvoir spolié et confisqué au peuple.

L’instauration d’un climat d’émeute pour intimider les population d’une région peu favorable au régime en place de voter massivement, l’élimination des adversaires par des artifices juridiquement inexplicables, les violations des libertés publiques, la confiscation pour sa campagne, des médias et des finances publiques par le candidat sortant sans oublier les recensements truqués, les bourrages d’urnes, et la falsification des résultats constituent quelques unes des ressources stratégiques dont se servent les dictateurs africains aux allures de démocrates.

Dans de nombreux pays africains, les dirigeants  ne savent pas  ce qu’ils font, car chaque fois qu’il leur arrive de faire une allocution devant le peuple, ils disent vouloir le changement. D’autres, pour plaire à leurs maîtres européens et américains, parlent de démocratie sans toutefois donner au peuple sa souveraineté.

Le Togo ne fait pas exception aux pratiques ci-dessus décrites. Il va plus loin dans sa stratégie de conservation du pouvoir par tous les moyens. Les irrégularités constituent la règle. Pendant la campagne électorale le candidat sortant s’investit dans la corruption préélectorale en finançant, selon les propos autorisés  de ses animateurs  stipendiés, de sa propre poche,  la construction de marchés, d’hôpitaux et de dispensaires.

Le pouvoir censé revenir au peuple  lui est arraché par celui qui détient les moyens de contrainte : la force publique, (armée, police et gendarmerie) et  les finances de l’Etat (achat des consciences).

Le candidat sortant monopolise les médias publics en violation flagrante des dispositions pertinentes de l’arsenal juridique qui garantit indistinctement aux candidats l’accès  libre et équitable aux médias de l’Etat.

Tout est mis en œuvre pour consacrer le pouvoir du plus fort par le plus fort pour le plus fort qui ne ménage aucun effort pour asseoir son autorité.

De telles situations mènent tout droit à toutes sortes de catastrophes : l’apathie des électeurs, peu d’investissements étrangers une basse croissance  économique.

La notion d’Etat de droit évoque une organisation collective reposant non pas sur l’arbitraire du prince et la contrainte, mais plutôt sur des règles connues, hiérarchisées, stables et respectées aussi bien par les gouvernés que par les gouvernants.

  • DEMOCRATIE ET DEVELOPPEMENT

Dans plusieurs pays africains les populations ont de plus en plus faim, de plus en plus peur et ont moins de chance d’atteindre une vieillesse saine.

Beaucoup d’experts voient encore le développement comme un processus mécanique. Je pense que le développement exige un engagement soutenu, beaucoup de travail et une approche politique. Des intérêts contradictoires doivent être réconciliés et des choix difficiles doivent être faits. Le développement sera déterminé par un certain nombre de facteurs tels que notamment, une libéralisation bien organisée de l’économie, un taux bas d’inflation, un climat sain pour les affaires et l’intégration régionale

Il y a une idée générale selon laquelle l’Afrique ne se développe pas encore comme on l’aurait souhaité. Le New Patnership for Africa’s Development (NEPAD) dont la naissance a été annoncée à grand renfort de publicité est un projet et un programme de développement qui se fonde sur le constat de la situation de crise que vit l’Afrique et de l’impasse dans laquelle se trouve ce continent en termes de développement et d’intégration dans l’économie mondiale.

En effet, l’Afrique est confrontée à d’énormes défis dont les plus urgents, sont l’éradication de la pauvreté, la promotion du développement socio économique en particulier grâce à la démocratie et à la bonne gouvernance. Et  c’est pour cela, que les chefs d’Etat et de gouvernement sont convenus de travailler ensemble en termes de politiques et d’actions pour atteindre les objectifs suivants :

  • la démocratie et la bonne gouvernance politique,
  • la gouvernance économique et sociale,
  • le développement socio économique,
  • la Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP).

Le MAEP est un instrument auquel adhèrent volontairement les Etats membres de l’Union Africaine en tant mécanisme africain d’auto évaluation.

L’objectif fondamental du MAEP est d’encourager l’adoption de politiques, normes et pratiques en vue de promouvoir la stabilité politique, une croissance économique élevée, un développement durable et une intégration économique sous-régionale et continentale.

Bien que près de la moitié des pays membres de l’UA aient aujourd’hui adhéré au MAEP, de nombreux Etats restent réticents.

  • Certains expriment notamment leur crainte face aux risques que peut comporter une intervention extérieure, fût-elle régionale.
  • D’autres se sentent menacés par la voix que le MAEP donne à l’opposition et aux organisations de la société civile.

Le NEPAD reconnaît que la paix, la sécurité, la démocratie, la bonne gouvernance, les droits de l’homme et une gestion économique saine sont des préalables au développement durable.

Il est indiqué de penser que le NEPAD et le MAEP ne connaîtront qu’une brève carrière parce que les dirigeants africains, pour la plupart, se sont accordé une dispense de vision, d’efforts et de solidarité.

Très souvent, ils se contentent de sous-traiter leur responsabilité à la communauté internationale. Il est intéressant de rappeler que les premières initiatives de développement tel que le Plan d’Action de Lagos adopté en 1980, sont restées sans suite par manque de soutien de la communauté internationale.

Dans une démocratie, les élections constituent le mode par excellence d’accession au pouvoir et de désignation des représentants du peuple. Devenant un enjeu majeur, leur organisation doit requérir une attention particulière.

Depuis 1990 jusqu’à ce jour, il existe encore quelques dictatures qui cherchent à se faire passer pour des démocraties. Pour conserver le pouvoir et continuer à exploiter » souverainement » les populations, certains pays africains présentent une démocratie de façade. On fait parler les urnes mais les résultats ne sont pas l’expression de la volonté du peuple, mais plutôt celle de la puissance du prince qui oriente le processus électoral dans le sens qui lui est favorable avec bien entendu la complicité des réseaux étrangers.

Celui qui est au pouvoir, après avoir truqué les élections et les résultats n’a aucune envie d’être contrôlé par le peuple. Il n’acceptera pas les critiques, fussent- elles constructives. Il va élaborer des théories sur la démocratie en vue de légitimer son pouvoir. Le peuple impuissant face à cette escroquerie n’a en sa main aucun moyen de contrôle ou de contrainte. Dans cette tragi-comédie c’est un petit groupe de personnes qui parle en son  nom.

En Afrique, les peuples aspirent à la démocratie et à l’Etat de droit, parce que indispensables au fonctionnement d’une société moderne et de progrès.

Malheureusement la réalité ne semble pas, la plupart du temps, donner au peuple cette opportunité grâce à laquelle il doit apprendre à participer à la vie démocratique de manière à pouvoir faire régner le bonheur qu’il cherche.

On assiste de nos jours, selon les comportements et le vocabulaire, à l’émergence de certaines variantes de démocratie. Il s’agit notamment de

  • La démocratie des bailleurs de fonds. Elle consiste à organiser des élections à la limite de la régularité et à maintenir tout juste un vernis de droit de l’homme avec la mise en place des institutions de décor pour pouvoir accéder à l’aide internationale. On considère le fait de gagner les élections comme une fin en soi et non comme un moyen d’atteindre des buts plus généraux c’est-à-dire de mettre en application des programmes visant la stabilité politique et le développement économique.
  • La démocratie apaisée. Elle bénéficie du soutien de la puissance coloniale et de la communauté internationale. Des tours de passe- passe juridiquement inexplicables se font soit pour empêcher l’alternance soit pour imposer un candidat. La France Afrique autorise les coups d’Etat constitutionnels qui violent les lois fondamentales. La gymnastique porte essentiellement sur la suppression des dispositions relatives à la limitation des mandats présidentiels. Ceux qui ont opté pour cette discipline ont déjà sonné le glas de l’alternance.

Très souvent, la communauté internationale se réjouit des scrutins au motif qu’ils se sont déroulés sans violence. Dès lors que les électeurs se sont mis en rang sans bousculade pour aller déposer les bulletins dans l’urne, cela signifie que la démocratie est en marche. L’objectif visé n’est ni la transparence ni la crédibilité du scrutin. Peu importe la sincérité des résultats.

Dans cette ambiance de coups d’Etat constitutionnels et de coups d’Etat électoraux, on prend acte des résultats tronqués et les bénéficiaires de ces micmacs sont satisfaits de la reconnaissance de leur forfaiture par la communauté internationale. Le Canard enchaîné dans sa parution n° 4730 du 22 juin 2011, a publié un article sous la plume de Jean-François JULLIARD intitulé : « Paris a béni les trucages électoraux au Togo, au Tchad, en République de Côte d’Ivoire (RCI) etc. »

L’article précise que dix huit (18) scrutins présidentiels sont prévus cette année sur le continent, sans compter d’autres élections. Chers participants nous sommes presque à la fin de l’année et la question se pose de savoir combien d’élections déjà organisées ont été transparentes et crédibles. Et celles qui restent, comment seront-elles organisées ? Attendons de voir

Par ailleurs l’article rappelle et je cite : «  peu curieuses ou tenues à l’écart de certaines tricheries, certaines missions sont une aubaine pour les pays invitants. Elles leur permettent de s’offrir une caution internationale et de conforter leur pouvoir. D’autres rapports, franchement critiques, eux, sont inopérants. Leur publication intervient plusieurs mois après le scrutin. Quand tout est oublié ».

  • La démocratie de la soupe

Elle est pratiquée par des acteurs politiques qui, n’ayant aucun idéal décident de se faire entendre. Constatant que leur pouvoir d’achat commence à maigrir, fatigués par la routine politique dans laquelle ils se sont égarés, ils agitent leur fanion d’opposition modérée, d’opposition de participation ou d’opposition de proposition. Très souvent la stratégie est payante puisqu’ils sont invités soit dans un gouvernement de large ouverture soit dans un gouvernement d’union nationale. C’est ainsi que cette politique dite à court terme essentiellement rentable devient le remède à leurs inquiétudes et à leurs préoccupations.

Dans cette mêlée, que devient le peuple ? Puisque la démocratie est le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple. Longtemps instrument de propagande dans les régimes à parti unique, il est malheureusement, dans certains pays navigant encore à vue dans le processus de démocratisation, devenu le souffre-douleur sur le dos duquel, des acteurs politiques  toutes tendances confondues, dans leur satisfaction d’égo et sans aucune vision, suent sang et eau dans des querelles de clocher et de règlements de compte et ce, au détriment du bien de leurs pays et du bien être de leurs populations. La souveraineté se trouve du coup mise sous scellé par des clans et des intérêts privés.

Indépendamment de ce qui précède, une grande interrogation interpelle la bonne dimension de notre intelligence. Il s’agit bien de l’élection présidentielle en Afrique. Non seulement, elle nous coûte  très cher mais également constitue l’une des principales causes de violences et de décès collectif pendant la période de son organisation. L’exemple de la Côte d’Ivoire est assez éloquent à ce sujet. Pour 261 milliards de FCFA investis par l’Etat de Côte d’Ivoire, la boucherie héroïque a enregistré plus de trois mille (3000) morts sans compter le traumatisme important qu’elle a engendré en termes de blessés, de pleurs, de gémissements et de grincements de dents.

Après cinquante ans d’indépendance, il est indiqué, pour l’élite africaine de se poser la question suivante : Quel régime politique pour nous les Africains ? Voilà une réflexion pertinente. Il faut ouvrir le débat car le constat est un constat d’échec puisque le suffrage universel est détourné par des clans et des intérêts privés. A ce propos, Pierre Péan écrit : «  défendre ELF, c’était alors défendre la France, même quand la morale était bafouée, que les urnes des pays étrangers mais pétroliers étaient bourrées, que les soldats se remplissaient les poches, mais amenaient aussi des valises aux hommes politiques, pour gagner les élections et ou faire le beau auprès de leurs maîtresses.

C’est  assurément dans l’échec des tentatives faites pour greffer les institutions de l’Etat moderne sur des sociétés encore profondément  marquées par leurs cultures rurales que prend racine l’essentiel des graves difficultés que connaît le continent subsaharien.

Jean- Jacques ROUSSEAU insiste sur un point capital. Selon lui, « avant de mettre en place le moindre système, il faut tenir compte de l’histoire, du caractère, des coutumes, des croyances religieuses, du niveau économique et de l’éducation de chaque peuple ».

Pour Thierry MICHALON, l’élection du chef de l’exécutif au suffrage universel direct devient de plus en plus archaïque. Elle encourage l’opinion dans sa propension naturelle à s’en remettre à un prince plutôt qu’à accorder sa confiance à des institutions. Elle tend à dépolitiser le débat public au profit d’un affrontement d’hommes. Elle confie, lorsque la majorité parlementaire et majorité présidentielle coïncident, la réalité du pouvoir à un homme irresponsable devant la représentation nationale. Elle entraine une personnalisation de ce pouvoir faisant ainsi de l’ombre aux mécanismes représentatifs et sapant toujours plus leur nécessaire légitimité. Il précise par ailleurs que ce mode de désignation du chef de l’Etat, s’avère, en Afrique, profondément  nocif. Il établit tout d’abord, une déplorable continuité entre le concept de l’Etat moderne et les traditions rurales ancestrales autour de la personne de l’ancien, du chef……………………. au détriment de la notion d’institutions, fondement de l’idée d’Etat.

Le suffrage universel, fait le lit de l’autocratie, de l’arbitraire et de la captation des fonds publics par le clan du vainqueur, tout en dressant un persistant obstacle à la formation d’une légitimité des institutions représentatives.

 CONCLUSION

La démocratie ne se réduit pas à la liberté d’expression et au pluralisme du scrutin. Elle signifie l’élaboration pacifique d’un compromis entre les attentes parfois opposées de catégories sociales ayant des intérêts distincts voire contradictoires. Elle a beaucoup d’exigences. Elle est un chantier permanent. Elle repose sur le respect de la liberté et de l’égalité des citoyens.

La participation de la population constitue un devoir car sans elle, la démocratie est mort-née

Ainsi donc, la démocratie des bailleurs de fonds, la démocratie apaisée, la démocratie de la soupe, les gouvernements d’union nationale ou de large ouverture et le rôle artistiquement flou de la communauté internationale dans les processus électoraux constituent des obstacles à l’avènement et à l’enracinement de la démocratie, ce qui tout naturellement, ne saurait créer les conditions pour un développement de la plupart des Etats africains.

Mesdames et Messieurs, je voudrais conclure avec les mots d’un penseur qui dit :

 » La démocratie est une pratique si elle peut transmettre certaines valeurs, elle est un mode d’emploi. C’est en la pratiquant qu’on la justifie et c’est en s’en servant qu’on la légitime. »

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